Les gens pensent à tort que nous pouvons déterminer le temps, lui attribuer un chiffre, un numéro, une date précise.
La tendance est aux illusions.
Vous savez, en vérité, aujourd'hui ne représente rien. Aujourd'hui n'est qu'un repère, un espace-temps, une infime parcelle de vie, qui peut être ou devenir tout ce que nous voulons, tout ce dont nous avons envie, tout ce qu'un jour nous avions rêvé.
Aujourd'hui est à nous, aujourd'hui nous appartient.
Et si je le veux, aujourd'hui peut représenter le premier jour du reste de ma vie.
Parce qu'en vérité, il n'y a pas de début, il n'y a pas de fin.
Il n'y a pas non plus de changement. Les gens ne changent jamais vraiment. Les gens évoluent et entassent derrière eux, des valises entières de souvenirs.
Ils représenteront certainement la seule trace qu'il restera de nous lorsque le temps aura fait son travail.
Parfois il m'arrive, certainement comme à vous, de rouvrir cette valise et d'apercevoir sur une vieille photographie, une petite fille.
Il m'arrive même de ne pas la reconnaître, d'avoir oublié qui elle était.
Pourtant elle a l'air heureuse vous savez, elle possède le regard que nous sommes tous capables d'avoir uniquement lorsque nous sommes enfants, lorsque nous ne savons pas encore à quel point le Monde est cruel. Le regard plein de tendresse, et quelque peu naïf. Le regard de l'enfance, de mon enfance.
Je sais que vous aussi vous avez eu ce regard un jour. Et puis comme moi, vous avez fini par le perdre.
C'est le Monde qui veut ça.
Les jours enneigés, autrefois plein de magie, deviennent pathétiques et sans intérêts.
Nos cabanes, nos abris secrets, nos remparts contre le Monde, finissent par se casser la gueule, et nous avec.
Nos amis nous perdent, ou peut-être que ce sommes nous qui les perdons.
Si la vie nous accorde un peu de chance, il nous arrivera de les recroiser un jour, par le plus grand des hasards dans un centre commercial, un bus, ou sur le quai d'une gare.
On se parlera alors comme deux personnes civilisées, cherchant nos mots, à la fois troublé par une telle nostalgie, et gêné d'avoir laissé la vie nous séparer.
Et puis on finira par se laisser, une seconde fois.
Mais il n'y aura pas de début, il n'y aura pas non plus de fin.
Parce que le temps emporte pas mal de choses, il fâne certains espoirs, il modifie les envies, les habitudes, les connaissances.
Le temps change le contexte mais pas l'histoire.
Et quelque part, caché derrière toute cette angoisse, cet oubli, se cache un indestructible, un invincible que même le temps ne pourra jamais rattraper.
On l'appelle l'Amour.
Il est possible d'atténuer son amour, de le malmener, de le laisser de côté. Mais pas de le perdre.
Parce qu'il n'y a pas de début, il n'y aura pas non plus de fin.
L'Amour, c'est comme la vie, ça change souvent d'apparence, de contexte.
Mais l'histoire reste toujours la même. Toujours


